Le 20 janvier dernier, un incendie a ravagé un immeuble de saisonniers à Courchevel, faisant deux morts et plusieurs blessés. Bien que la piste criminelle soit désormais privilégiée, cette tragédie interpelle sur les conditions de logements des saisonniers, ces travailleurs qui se déplacent tout au long de l’année.

Les travailleurs saisonniers sont principalement issus de deux branches de l’économie française : le tourisme et l’agriculture, qui représentent respectivement 8 et 10 % du PIB national. Si le travail saisonnier est un élément très prégnant dans le monde agricole, il était jusqu’alors moins présent dans le domaine touristique. Ce n’est en effet qu’après la crise de 2008 que les contrats saisonniers explosent et concernent désormais près d’un contrat sur huit.

Pour autant, l’augmentation des emplois saisonniers n’est pas près de s’arrêter. Le Conseil mondial du voyage et du tourisme en partenariat avec The Oxford Economics estime que l’importance du tourisme ne cessera de grandir dans les dix prochaines années.  La France devrait atteindre dans une dizaine d’années les 118 millions de visiteurs contre 82 millions aujourd’hui, ce qui se répercutera en toute logique sur le nombre d’emplois salariés dans le milieu touristique. Ainsi, de 2,8 millions d’employés à l’heure actuelle, le secteur devrait passer à 3,3 millions en 2028. De quoi s’interroger sur les conditions de travail des saisonniers qui, d’après Pôle emploi comptabilise d’ores et déjà plus d’un tiers des 2,3 millions d’embauches en 2018.

Qui sont les saisonniers ?

En France, c’est donc près de 800 000 personnes qui se déplacent au fil des saisons. Malgré le grand nombre d’employés saisonniers, cette population de travailleurs est particulièrement difficile à appréhender et à quantifier. Les différentes études sur le sujet peinent à mettre en place une typologie des travailleurs ; bien que deux grandes tendances se distinguent : la majorité de ces travailleurs saisonniers seraient des femmes (à l’exception notable du domaine agricole) et la majorité d’entre eux sont de jeunes travailleurs ou des étudiants en recherche d’un job d’été. En effet, 61 % d’entre eux ont moins de 30 ans dans le secteur de l’hôtellerie plein air, tandis que 35 % ont moins de 25 ans dans le secteur du tourisme en général. La jeunesse des salariés et le caractère temporaire du travail saisonnier peuvent entraîner des offres d’emplois peu encadrées et parfois précaires qui ne permettent pas toujours aux embauchés de travailler dans des conditions décentes.

Se loger en étant saisonnier, les obligations légales des employeurs

Le logement des travailleurs saisonniers est l’un des éléments les plus difficiles à gérer dans ce type d’économie : avec l’explosion du travail saisonnier, il est devenu très compliqué pour les travailleurs de trouver un logement décent où vivre pendant la période de leur contrat. Bien souvent, l’employeur propose un logement à ses employés bien qu’aucune obligation légale ou réglementaire ne l’y oblige. 

D’après les études menées par M. Alain Simon, chargé de mission par trois ministères (Logement, Tourisme et Équipement) s’occupant des saisonniers au niveau national, de moins en moins d’employeurs peuvent proposer des logements décents à leurs employés, obligeant ces derniers à trouver des solutions alternatives, « le logement saisonnier, occupé un maximum de cinq mois par an, coûte cher ».

La pénurie des logements saisonniers, entre insalubrité et danger

Or, « les gens qui disposent de logements préfèrent les louer à des vacanciers à la semaine plutôt qu'à des saisonniers au mois, cela leur rapporte plus », déclare Laurence Simian, animatrice de l'espace rural emploi formation du pays A3V (Asses-Verdon-Vaïre-Var). Il en va de même pour les campings ou même les bailleurs sur le long terme. Les travailleurs saisonniers se trouvent alors obligés d’avoir recours au système D : chambre partagée à deux ou à trois ou encore camping-car en location.

D’après l’Agence Nationale pour l’Information sur le Logement (ANIL), « Le logement est une préoccupation majeure pour ces travailleurs : rare et cher en période d’afflux touristique, il conduit certains salariés à recourir à des solutions de logement peu satisfaisantes voire dangereuses (utilisation du véhicule en lieu et place d’un logement, camping parfois sauvage, colocations dans de petits espaces).»

Le constat de l’ANIL n’est pourtant pas un phénomène récent, un article du Monde soulignait déjà en février 2004 « la galère des saisonniers, envers du décor des stations de ski » où l’on est informé qu’un employé sur quatre est logé dans moins de 12m2 et 4 % d’entre eux disaient déjà vivre dans des « conditions misérables » (cave, voiture, cage d’escalier…). Or les conditions de logement des saisonniers ne se sont malheureusement pas améliorées et continuent d’obliger ces travailleurs à se tourner vers des logements non réglementaires qui les mettent en danger.

Le décès des deux saisonniers dans l’incendie de Courchevel n’est malheureusement pas le premier drame du genre puisqu’en janvier 2013, un couple est décédé à la Clusaz en Haute-Savoie, dans l’incendie du camion où ils vivaient. 

Les propriétaires, qu’ils soient l’employeur ou non, ont pourtant l’obligation de louer un logement qui répond aux conditions de décence et aux normes de sécurité nationales. Force est de constater que ces prérogatives sont encore bien mal respectées. Des mesures de contrôle doivent être prises et probablement rendues systématiques pour prévenir les accidents au sein des bâtiments qui accueillent des saisonniers. 

Les solutions de demain pour loger les saisonniers

Qui plus est, la pénurie des logements impacte fortement le recrutement et coûte cher à l’économie touristique : selon l'Union des métiers des industries de l'hôtellerie (Umih), 100.000 personnes manquent à l'appel chaque année, représentant un important manque à gagner pour l’activité locale. En effet, plusieurs enquêtes ont révélé que l’indisponibilité des logements et le coût qu’ils engendraient pour les salariés rendaient les offres d’emploi saisonnières particulièrement peu attractives.

Afin de pallier le manque de logement et l’insalubrité des habitations proposées aux travailleurs saisonniers, de nombreuses initiatives ont heureusement été mises en place. Ainsi, il existe des aides gérées par les CIL (Comité Interprofessionnel du Logement) pour accéder à un logement et des aides gérées par la CAF (Caisse d’allocations familiales) pour payer son loyer. Des foyers de saisonniers sont également proposés, bien qu’ils soient insuffisants pour absorber le flux de travailleurs lors de la haute saison.

Des normes de qualité touchant au logement des saisonniers ont également été mises en place, dont la dernière, la loi Montagne II datée du 28 décembre 2016, qui oblige les communes touristiques à signer avec l’Etat une convention pour le logement des travailleurs saisonniers. Il faudra néanmoins encore attendre quelques mois avant de constater l’impact de ces conventions sur les conditions de travail de ces derniers, les dernières conventions ayant été signées fin 2018.

De nombreux travaux de rénovation vont devoir également être effectués par les propriétaires afin de répondre aux normes de sécurité et de confort qui incombent à tout bailleur. Qui plus est, la construction de nouveaux logements devrait également voir le jour pour accueillir saisonniers et pluriactifs. L’ensemble de ces initiatives, bien que tardives, permettront sans doute d’en terminer avec la mise en danger des travailleurs saisonniers.

SOURCES
https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/dt-rec-emploi-saisonnier-final.pdf
http://statistiques.pole-emploi.org/bmo
https://travail-emploi.gouv.fr/archives/archives-courantes/loi-travail-2016/les-principales-mesures-de-la-loi-travail/article/emplois-saisonniers
https://www.anil.org/aj-logement-travailleurs-saisonniers/
http://www.saisonnalite.org/sites/default/files/Fiche%203%20-%20logement%20des%20saisonniers.pdf
https://www.union-habitat.org/centre-de-ressources/patrimoine-maitrise-d-ouvrage/le-logement-des-travailleurs-saisonniers

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