Qu’est-ce qu’un travailleur isolé ? Quelles sont les obligations de l’employeur ? Quels sont les dispositifs d’alarme à privilégier ? Tour d’horizon avec nos experts.

Que vous soyez gardien de nuit, agent de maintenance, infirmier à domicile ou que vous vous rendiez temporairement dans une salle située hors de portée de vue ou de voix de vos collègues (archives ou réserve par exemple), vous pouvez vous retrouver en position de « travailleur isolé ». Tout le monde peut donc être concerné par cette situation, de manière occasionnelle ou permanente.

Qu’est-ce qu’un « travailleur isolé » ?

L’INRS définit le travail isolé comme la réalisation d’une tâche par une personne seule, dans un environnement de travail où elle ne peut être vue ou entendue directement par d’autres et où la probabilité de visite est faible.

Le travail isolé peut également concerner les activités d’un groupe de personnes isolées de leur structure d’appartenance, du fait d’un éloignement géographique ou de moyens de communication dégradés.

Attention ! La probabilité d’apparition d’un accident n’est pas corrélée à la durée d’isolement. Un accident peut survenir même lors d’une durée d’isolement courte, lors de l’absence momentanée du collègue avec lequel on travaille par exemple.

Peut-on parler de risque en cas de travail isolé ?

Le travail isolé n’est pas à proprement parler un risque, dans le sens où il n’y a pas d’exposition à un danger ou à un phénomène dangereux. En revanche, il peut augmenter la probabilité de survenance d’un accident, ainsi que la gravité du dommage.

En effet, un opérateur isolé va prendre des décisions seul, ce qui peut l’amener à prendre de mauvaises décisions, notamment s’il est nouvellement recruté dans le poste, ou qu’il fait partie du personnel extérieur et n’a pas été suffisamment formé ou informé sur l’environnement de travail ou les personnes à contacter en cas de difficultés. En cas d’accident, l’opérateur isolé rencontrera des difficultés pour donner l’alarme, surtout s’il est inconscient, ce qui aura pour conséquence d’aggraver les dommages causés par l’accident.

Quelle réglementation s’applique en cas de travail isolé ?

Le Code du travail impose à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs (article L4121-1). Ces mesures comprennent :

  • Des actions de prévention des risques professionnels et de la pénibilité au travail ;
  • Des actions d’information et de formation ;
  • La mise en place d’une organisation et de moyens adaptés.

Comment procéder à l’évaluation des risques en cas de travail isolé ?

Lors de l’évaluation des risques, l’employeur doit repérer les situations de travail où des personnes sont isolées et analyser les conséquences / phénomènes d’accentuation de l’isolement pour les travailleurs.

Le document unique peut comporter des fiches avec des consignes adaptées aux risques présents dans l’entreprise, telles que :

  • Accès et travail en hauteur : « travail en binôme »
  • Astreintes (week-end) : « signaler sa présence à l’agent de sécurité ou à la supervision lors d’une intervention en situation isolée »
  • Agression : « intervention en binôme si nécessaire »

Les consignes peuvent être déclinées en fonction des contextes concernés : travail posté avec équipe de nuit, travaux en égoûts, travaux en milieu confiné, etc.

Prévention du travailleur isolé

Les mesures à suivre sont, par ordre de priorité :
A. Mettre en œuvre des moyens organisationnels, techniques et humains pour supprimer le travail isolé
B. Si le travail isolé subsiste :

  • Diminuer le nombre et la durée des interventions,
  • Aménager les postes, les lieux de travail et leur environnement,
  • Mettre en œuvre des moyens assurant la protection collective,
  • Fournir des protections individuelles,
  • En fonction des postes et de ses spécificités, établir des consignes, former et informer le personnel,
  • Renforcer l’information et la formation pour les personnes sous contrat à durée déterminée ou pour les intérimaires

C. Mettre en œuvre des moyens d’alerte :

  • Doter les travailleurs isolés d’un moyen d’alerte,
  • Assurer une surveillance à distance,
  • Assurer une surveillance par le passage périodique d’une autre personne

D. Prévoir les dispositions pour les secours

  • Établir un plan d’intervention,
  • Mettre à disposition les matériels nécessaires,
  • Organiser et former les équipes de secours,
  • Informer, former les personnels

Quels dispositifs d’alarme du travailleur isolé (DATI) vaut-il mieux privilégier ?

Les dispositifs d’alerte peuvent comporter des systèmes de détection :

  • Fixes : balise ou borne de passage, badge de présence..
  • Mobiles, portés par le salarié : dispositifs d’alarme pour travailleur isolé, ou DATI, qui permettent le déclenchement volontaire d’une alarme à un tiers et peuvent transmettre des informations telles que coordonnées GPS, positions anormales prolongées…

Le mode de déclenchement de ces dispositifs peut être :

  • Manuel : bouton d’alerte…
  • Automatique : perte de verticalité, absence de mouvement, arrachage du DATI…

NB : l’emplacement du capteur DATI est important. Un capteur d’immobilité porté au poignet génère peu de fausses alarmes car il est rare que ce dernier reste immobile au cours des tâches à réaliser.

La mise en place de dispositif d’alarme pour travailleur isolé (DATI) ne se résume pas à la fourniture des équipements. Elle doit comporter, entre autres :

  • Des actions de formation des opérateurs sur les caractéristiques et les performances du matériel ;
  • De procédures relatives aux tests de prise de poste (tests de bon fonctionnement),
  • La programmation d’opérations de simulation, en grandeur nature, au sein de la zone d’évolution du travailleur isolé ;
  • Des actions d’information concernant l’organisation des secours, d’une part, et des missions « du poste de surveillance » d’autre part. Cette mission peut être assurée par le personnel de l’entreprise, un autre travailleur isolé (travail en réseau) ou par un télésurveilleur ; dans chaque cas, ils doivent être en mesure d’appliquer ou de faire appliquer la procédure de secours le plus rapidement possible.

NB : contrairement à l’appellation de « protection du travailleur isolé » ou PTI utilisée parfois abusivement par les fabricants de DATI, ces équipements ne sont pas suffisants pour assurer la protection et la sécurité des salariés.

L’employeur doit prendre les dispositions nécessaires pour assurer les premiers secours aux accidentés. Cette organisation de secours devra s’appuyer sur une analyse des risques liés aux postes de travail, aux procédés mis en œuvre et aux conditions dans lesquelles ce travail est effectué.

Quelles questions faut-il se poser avant une intervention ?

Ci-dessous une liste non exhaustive d’interrogations qu’il est important de se poser avant une intervention afin de prendre des mesures de précaution complémentaires si nécessaire.

  • Y aura-t-il un intervenant pendant toute la durée de mon intervention ?
  • L’intervention aura-t-elle lieu dans une zone isolée ?
  • Ma société connait-elle mon emplacement en temps réel et la durée de ma présence sur le site ?
  • Ai-je des moyens de communication en fonctionnement (fixe, portable, réseau…) ?
  • Mon environnement de travail est-il particulier ? à risque ?
  • Suis-je en danger ?
  • Y a-t-il dysfonctionnement entre la procédure et la réalité (incohérence entre les informations fournies et le terrain, fatigue ou maladie lors de l’intervention, facteur aggravant, site inconnu…) ?
  • Ai-je bien toutes les informations utiles en ma possession ?
  • Est-ce que je vais circuler sur une route peu fréquentée ?
  • Est-ce que je suis en situation de travailleur isolé ?

Nos chargés de prévention sont à votre disposition pour vous aider sur les problématiques de travail isolé. N’hésitez pas à les solliciter !

Source :
- Dossier de l’INRS « Travail isolé »

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