José Calvache (47 ans) est inspecteur de grues depuis 15 ans au sein de l’agence lyonnaise de DEKRA Industrial SAS. Il a vécu pas mal de choses, mais il ne s’est heureusement jamais laissé prendre par la routine dans son périlleux travail. Chaque inspection exige la plus grande concentration, et le plus grand courage !

21.06.2019

Il est exactement 8 heures du matin dans la rue Château Gaillard à Villeurbanne, à environ six kilomètres du centre-ville de Lyon. La température est juste au-dessus de zéro : José Calvache se prépare avec calme et concentration à la première inspection de grue de la journée en enfilant son équipement de protection individuelle qui l’attend dans la voiture : chaussures de protection, gilet de sécurité, casque de protection, gants et matériel d’escalade. Il doit inspecter une grue à tour tournante MDT 269 du constructeur français Potain qui a été montée ces deux derniers jours sur un chantier de construction résidentielle de l’entreprise Eiffage. Il s’agit de la taille de grue à tour la plus courante, avec une hauteur de cabine de 32 mètres et un bras de 40 mètres de long. « En France, les essais de réception sont obligatoires avant de mettre une grue en service pour la première fois », explique Alexandre Auclair de l’équipe commerciale pendant que José effectue l’inspection. « Ensuite, la grue doit être inspectée une fois par an.

Mais cela n’arrive que très rarement, car les grues sont généralement démontées avant, puis remontées sur un autre chantier de construction. » L’inspection est prévue pour durer trois heures environ. Enchaînant des gestes vifs, José grimpe sur l’échelle de la tour de la grue jusqu’à la plate-forme sur laquelle la cabine rotative est montée. Il vérifie tout d’abord avec l’assembleur de grues que toutes les étapes de montage ont bien été effectuées, en les cochant sur une liste de contrôle. Une fois cette tâche accomplie, il monte sur le bras peint en rouge de la grue et vérifie lui-même tous les écrous et les boulons. Souriant, il explique qu’aujourd’hui est une belle journée : « Le soleil brille, il ne pleut pas et il n’y a pas beaucoup de vent ; ce sont des conditions idéales pour faire mon travail. » En tirant fortement sur le câble d’acier, il entre dans la nacelle de maintenance motorisée qui le transporte sur une distance de 40 m, jusqu’à l’extrémité du bras. Il s’arrête de temps en temps et s’accroche à la grue avec une corde et des chaînes. Une fois sécurisé, il sort de la nacelle et monte sur le bras de la grue afin d’inspecter les jointures. Une personne anxieuse aurait des sueurs froides rien qu’en le regardant. « Pour être honnête, c’est très simple », explique José une fois de retour sur la terre ferme. « Je me concentre entièrement sur l’inspection et sur mon travail, en faisant abstraction de ma peur, même si elle ne disparaît jamais vraiment. »

Avant de rejoindre DEKRA, il a été mécanicien d’hélicoptères dans l’armée française. Une formation spéciale de 20 jours l’a préparé à son métier d’inspecteur et il fait désormais partie d’une équipe de cinq experts au sein de l’agence de Lyon. Les essais de réception de la grue Potain MDT 269 comprennent également un essai de levage, au cours duquel la grue lève une charge supérieure au poids autorisé, ce qui bloque le treuil. En bout de bras, la grue peut porter un poids maximum de six tonnes sur le chariot mobile. José commence par tester le chariot avec un bloc de béton de 2,5 tonnes métriques. Lorsque ce bloc est soulevé, un choc traverse la grue et la fait osciller légèrement. José doit alors passer à un programme spécial pour suspendre cinq tonnes supplémentaires.

Un employé fixe le crochet aux deux blocs empilés au niveau du sol. Après un choc qui fait pencher la grue vers l’avant, le bras supporte maintenant 7,5 tonnes métriques, soit 1,5 tonne métrique de plus que le poids autorisé. La structure résiste à la charge et réussit l’essai. Le balancement qui s’ensuit donnerait la nausée aux estomacs les mieux accrochés. Alexandre Auclair, également monté sur la plate-forme, s’accroche fermement à la rampe. « Je me sentirai beaucoup mieux quand nous serons retournés sur la terre ferme », admet-il, en tentant de faire bonne figure. Son collègue José, lui, reste tout à fait imperturbable. Il inspecte non seulement les grues deux à trois fois par semaine, mais aussi les ascenseurs, les échafaudages et les plates-formes de travail aériennes. Et cette grue de 32 mètres est ridicule comparée à la plus grande sur laquelle il a grimpé. « Lors de la construction du viaduc de la Sioule en Auvergne, j’ai dû inspecter une grue de 120 mètres de haut fixée sur un pilier. C’était horrible. J’ai dû prendre mon courage à deux mains pour monter. » Il a également vécu une situation tout aussi riche en « émotions fortes » lorsque le socle en béton d’une grue qu’il testait a cédé sous le poids, bien que la grue ne se soit pas renversée heureusement. « C’était un sentiment assez étrange. La grue a beaucoup tremblé et il y a eu un grand bruit. Heureusement, il ne s’est rien passé d’autre. Comme vous vous en doutez, je n’ai pas pu approuver l’utilisation de la grue. » Et que font les inspecteurs de grue pendant leur temps libre ? Sont-ils toujours à la recherche de montées d’adrénaline ? « Eh bien, si vous prenez en compte les jeux en ligne et la chasse, alors je pense que oui », dit-il en riant. Il finit par nous dire au revoir, car il doit rédiger son rapport sur la réussite du test de réception. 
 

Grue

 

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