Depuis le 7 juin dernier, la Coupe du monde féminine de football 2019 se déroule en France et attire tous les regards. Une attention méritée qui est le résultat d’une lente évolution dans la perception du football.

21.06.2019

Car bien qu’encore considéré comme un sport majoritairement masculin, le football est également une affaire de femmes. En effet, lors de la création du football au XIXe siècle en Angleterre, de nombreuses femmes se prirent de passion pour le ballon rond et créèrent leurs propres équipes. Mais en 1921, l’association anglaise de football juge que ce sport n’est pas approprié aux filles et leur en interdit la pratique. Bannies des terrains, les femmes devront attendre un demi-siècle pour que cette interdiction soit levée. Bien que cela n’arrête plus les femmes qui désirent jouer au football, les inégalités ont malheureusement eu le temps de faire leur chemin. Aux Etats-Unis par exemple, le salaire des joueuses n’atteint pas 40 % du salaire de leurs camarades masculins, ce qui a mené d’ailleurs les joueuses à porter plainte pour discrimination salariale.

Les inégalités de salaires entre les joueuses et les joueurs restent en effet vertigineuses. A titre d'exemple, bien qu’étant la deuxième joueuse de foot la mieux payée au monde, Amandine Henry, capitaine des Bleues âgée de 29 ans, gagne cent fois moins que Neymar, joueur le mieux payé de Ligue 1 avec 36 millions d'euros brut annuels au PSG. 

Heureusement, les mentalités changent et le sport féminin tend à être de plus en plus reconnu par les institutions et surtout apprécié par le public. A la surprise de nombreux médias, le premier match de l’équipe de France lors de la Coupe du monde féminine de Football a attiré près de 10 millions de spectateurs, soit presque autant que pour leurs homologues masculins. Une popularité chèrement acquise quand on sait qu’il fallut attendre 1991 pour que la FIFA (Fédération international de football association) organise la première Coupe du monde féminine officielle. 

Si les joueuses de cette année sont particulièrement volontaires, c’est qu’elles ont dû surmonter de nombreuses difficultés pour arriver jusqu’à leur sélection en équipe nationale. En effet, avant d’affronter les exigences et le stress des compétitions, il a fallu tout d’abord se battre pour dépasser la pression psychologique dans le milieu du football qui tend à discréditer les femmes. A titre d’exemple, Amel Majri, milieu de terrain de l’équipe nationale, en témoignera dans Paris-Match en déclarant « ado, je savais que je devais en faire deux fois plus que les mecs ». Un phénomène aujourd’hui bien connu, notamment grâce au travail de l’historienne Laurence Prudhomme-Poncet et du sociologue Xavier Breuil qui ont mis en évidence dans leurs travaux que les institutions du sport elles-mêmes avaient tendance à discréditer et à bloquer l’évolution du football féminin.

Au-delà de l’aspect psychologique, le quotidien lui-même des sportifs de haut-niveau peut s’avérer un vrai casse-tête : Que devenir en cas de blessures graves qui les empêcheraient de jouer, comment se reconvertir une fois leur carrière de footballeuse terminée, sont autant de questions que se posent les joueuses, à tel point que deux d’entre elles ont un deuxième emploi et posent des congés sans solde pour participer à la Coupe du monde. Ainsi Maéva Clémaron est également architecte et Gaëtane Thiney est conseillère technique nationale à mi-temps à la FFF. D’autres, comme Sarah Bouhaddi, Amandine Henry et Marion Torrent passent un diplôme d’entraîneuse afin de préparer leur après-carrière sportive, les risques de précarité professionnelle étant en effet bien souvent accrus chez  les sportifs de haut niveau.

Enfin, les nombreuses blessures dues aux entraînements intensifs et aux matchs sont également à prendre en compte, rien que dans l’équipe de France actuelle, six joueuses ont été sérieusement blessées au cours des deux dernières années (Sarah Bouhaddi, Kadidiatou Diani, Amandine Henry, Eugénie Le Sommer, Pauline Peyraud-Magnin et Aïssatou Tounkara). Les risques médicaux sont démultipliés dans le milieu du sport et doivent être pris très au sérieux.

Heureusement, des initiatives pour appréhender les risques encourus par les sportifs voient enfin le jour, à l’image de la Moselle Sport Académie, lancée en février dernier. Cette dernière va créer en partenariat avec DEKRA, un outil d’évaluation pour établir une cartographie des risques dans le sport, qu’ils soient physiques, psychologiques ou sociaux et établir leur criticité auprès des sportifs de haut niveau. Un futur outil bientôt indispensable pour accompagner les carrières des sportifs ainsi que la structuration et la professionnalisation des clubs.

Les contrôles de sécurité et de qualité des infrastructures entourant les sportifs doivent également être sérieusement pris en considération pour prévenir au maximum les risques que peuvent encourir les sportifs ainsi que le public. Les neuf stades français qui accueilleront la Coupe du Monde, soit le Groupama Stadium à Décines, le Parc des Princes à Paris, Allianz Riviera à Nice, le Stade de la Mosson à Montpellier, le Roazhon Park à Rennes, le Stade Océane au Havre, le Stade du Hainaut à Valenciennes, le Stade Auguste-Delaune à Reims et le Stade des Alpes à Grenoble sont placés sous une surveillance minutieuse pour permettre à toutes les joueuses (et les joueurs bien entendu !) de la Coupe du monde de jouer dans les meilleures conditions possibles et à tous les supporters de soutenir leurs équipes en toute sécurité.

Organisée désormais tous les quatre ans, seules quatre nationalités ont remporté à l’heure actuelle la Coupe du monde féminine de football : les Etats-Unis à trois reprises, l’Allemagne à deux reprises, la Norvège et le Japon. Détenu par les Etats-Unis, le titre de championne du monde est aujourd’hui remis en jeu et l’équipe de France compte bien se battre pour le remporter. Avec une équipe nationale particulièrement talentueuse cette année, tous les espoirs sont permis.

 

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