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Les fêtes avec des lancers de poudres colorées se multiplient dans le monde et sont appréciés notamment par les jeunes. Malheureusement, un drame récent rappelle qu’il s’agit de poudres organiques donc potentiellement explosives et dangereuses.

Courses à pieds, fêtes foraines, soirées étudiantes… de plus en plus de manifestations s’égaient grâce aux jets de poudres colorés. Les participants, notamment les jeunes, en redemandent.

Les produits utilisés sont généralement de la poudre de talc ou d'amidon de maïs mélangée à des pigments colorés. L'amidon de maïs est une poudre organique issue de l'agriculture. Sa fine granulométrie offre une grande surface d’échange avec l’air et donne au produit un pouvoir de combustion rapide.

Une poudre « verte » inflammable

Comme toute poudre d’origine végétale, si l’amidon de maïs est mis en suspension dans l'air, il risque de s’enflammer au contact d’une étincelle, d’une flamme ou encore d’une surface chaude. Une boule de feu peut alors se former voire exploser si l'inflammation se produit dans une enceinte fermée.

Ce phénomène est bien connu dans le monde de l'industrie agro-alimentaire. Il a donné lieu à des accidents sérieux comme l'explosion du silo de Metz en 1982 (12 morts), du silo de Floriffoux en Belgique en 1993 (4 morts) ou celle du silo de Blaye en 1997 (11 morts). Plus récemment, le 28 août 2015, une explosion s'est produite dans le silo d'une usine de produits alimentaires à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), heureusement sans faire de victimes.

L'accident de Formosa Fun Coast

Le 27 Juin 2015, lors de la manifestation « Color play Asia » dans le parc Formosa Fun Coats de Taïwan, plusieurs tonnes de poudre d'amidon colorée ont été dispersées, à l’aide de moyens mécaniques, sur la foule qui dansait.

Dans de telles circonstances, les sources d’inflammation potentielles sont nombreuses (moteur électrique ou thermique, briquet, projecteur…). Irrémédiablement, le nuage de poudre s'est enflammé. Une grande partie de l'assistance s'est retrouvée prise dans une boule de feu.

Les conséquences furent effroyables. Au 30 juillet 2015, le bilan s’élevait à 10 décès et 508 blessés dont 199 dans un état critique. Ce qui devait être une explosion de joie s'est terminée dans l'horreur.

Comment en est-on arrivé là ?

Pourtant, les documents réglementaires accompagnant ces produits (certificats de conformité, fiches produits…) stipulent que les poudres d'amidon ne sont pas dangereuses. Elles sont même considérées comme non inflammables. Ceci semble pour le moins choquant si l'on se réfère à la catastrophe de Formose.

Pour être homologuée et vendue, cette poudre a subi des tests prouvant son innocuité. Concernant l'inflammabilité, le test réglementaire consiste à approcher une flamme locale de la poudre posée en tas (et non en suspension dans l’air) puis à observer si le feu se propage, ou non, lorsque l'on retire la flamme.

Or, une poudre en tas s'enflamme beaucoup moins facilement qu'une poudre dispersée dans l'atmosphère dans les conditions de concentration adéquates. Autrement dit, la classification « non inflammable » des poudres colorées à base d'amidon de maïs ne rend pas compte de la possibilité de créer une boule de feu comme à Formose.

Que doit-on faire ?

Des manifestations mettant en jeu des poudres colorées continuent d'être organisées. Même si le risque de génération d'une boule de feu comme à Formose est faible, on ne peut le négliger lorsque de l'amidon de maïs, ou tout autre produit organique, est utilisé. D’autant plus que la maîtrise fiable des sources d'inflammation dans un tel contexte n'est pas possible.

Dans le cas où de faibles quantités de poudres sont projetées – par exemple lancées à la main à partir de sachets – il est peu probable de générer une inflammation. En revanche, si des moyens mécaniques sont utilisés pour disperser de grandes quantités, le risque d'inflammation des poudres d'amidon est avéré.

Des solutions

Le talc, quant à lui, est une poudre minérale, donc non inflammable même en suspension dans l'air. Si les pigments utilisés sont eux aussi non inflammables, un accident comme celui de Formosa Fun Coast n'est alors plus possible.

Si des poudres colorées à base d'amidon sont utilisées, notre principale recommandation est de bannir les systèmes de dispersion rapide de volumes importants. Ceci dit, la dispersion de petites quantités de poudres en atmosphère confinée (lieu fermé) peut localement donner lieu à des nuages ayant une concentration suffisante pour engendrer une boule de feu sous l'action d'une source d'inflammation.

À qui s’adresser ?

Les organisateurs de ces manifestations colorées doivent en être informés et devraient aborder tous ces aspects avec leurs fournisseurs afin de connaître la composition et le comportement des produits fabriqués.

En cas de doute, les organisateurs ou les importateurs de poudres colorées peuvent contacter des organisations possédant l'expertise nécessaire dans ce domaine. Certains l’ont déjà fait.

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